Estelle Salles, entre vignes et capitelles

LODEVE
Édition du mardi 1 septembre 2009
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Rencontre
Etudes de viticulture- oenologie, diplôme national d'oenologie, master de gestion : Estelle Salles semble avoir en mains tous les atouts pour faire une bonne vigneronne. Dans le domaine de ses beaux-parents, la Capitelle des Salles à Saint-Jean-de-la-Blaquière, dont elle a repris les vignes en 2 007, Estelle conjugue viticulture et patrimoine. « Il y a deux choses qui me mettent très en colère, explique-t-elle : les sangliers, qui viennent manger le raisin, et les gens qui détruisent le patrimoine. Ça peut être le patrimoine bâti - on abîme pour prélever des pierres - ou le patrimoine naturel que l'on abîme en faisant du trial ou du quad en pleine nature. » Après avoir travaillé dans le journalisme scientifique, Estelle est donc venue à la terre. Avec prudence : un hectare en 2007, deux cette année.
« On devrait arriver à cinq hectares, explique la jeune femme. C'est de toute façon une petite exploitation. Ça nous permet de nous occuper de la partie patrimoine. » Car il faut dire qu'à la Capitelle du Bosc, les vignes elles-mêmes sont déjà un patrimoine. Perdues dans la garrigue, ce sont de vieilles vignes en terrasses de pierre sèche, dont il est inenvisageable de mécaniser la culture. En outre, presque chaque vigne possède une capitelle, à linteau simple, double ou triple.
Si les rendements sont faibles - 22 à 32 hectolitres à l'hectare - les vins, uniquement rouges, sont de qualité. « On est vraiment en défense des vins et des paysages, explique la vigneronne. On fait un vin de cinsault Pays du Mont Baudille, et un AOC Languedoc - Terrasses du Larzac à base de grenache noir et de syrah , que l'on vend aux particuliers, et à l'export. » Très axée sur la dégustation et la découverte des vins, Estelle Salles fait partie de plusieurs jurys de dégustations internationales. « Je suis très exigeante au niveau des vins, reconnaît-elle. C'est pour ça que je ne fais pas de blanc, car ça n'est pas évident au niveau du terroir. Travailler ces vignes demande beaucoup de patience, de ténacité et de savoir-faire. Il faut réfléchir à chaque action, qu'elle soit technique, commerciale ou de gestion. Mais c'est aussi du bonheur, car j'ai réalisé le rêve que j'avais à 20 ans. » Entre vignes et pierre sèche, Estelle revient à ses origines : la viticulture et la pierre de taille, et envisage d'organiser des visites-découverte du domaine. « Ma famille, comme celle de mon mari, est liée à la pierre. Mon arrière-grand-père était carrier à Saint-Jean-de-Védas, et l'ancêtre de mon mari a construit, en pierre, la maison de Saint-Jean-de-la-Blaquière, en 1830. Je me suis donné pour mission de protéger et valoriser ce patrimoine, en conservant l'état d'esprit des anciens. »

Monique Raynaud


Estelle Salles 06 86 98 33 48