Le Monde: Dans le Colorado, le " zéro déchet " est en passe de devenir une réalité
PROFIL
Si les Etats-Unis, parangon de la société de
consommation, réussissent un jour à tirer profit de
leurs montagnes de poubelles, ce sera grâce à lui.
Regard pétillant, sourire jovial et barbe fleurie,
Eric Lombardi est, à 54 ans, le pionnier américain du
recyclage, le porte-drapeau des militants du " zéro
déchet ". Un défi qu'il relève dans la ville de
Boulder (Colorado), havre d'écologie posé au pied des
montagnes Rocheuses.
Eric Lombardi y dirige Eco-Cycle, la plus grosse
organisation de recyclage à but non lucratif des
Etats-Unis : ses soixante salariés trient 50 000
tonnes de déchets par an, soit près de la moitié de
ce que jettent les 300 000 habitants du comté. Le
reste est transporté par camion et enterré dans une
décharge, à quarante kilomètres de là.
Peut-être plus pour longtemps : la municipalité et le
comté, engagés dans une démarche " zéro déchet ",
viennent de voter, au mois d'août, l'agrandissement
du complexe de recyclage ultramoderne géré par
Eco-Cycle. Soit 8 millions de dollars (5,4 millions
d'euros) d'investissement, ajoutés aux 14 millions de
dollars (9,5 millions d'euros) déjà déboursés. Une
politique financée par une des rares taxes locales du
pays sur les déchets ménagers.
Eric Lombardi sait se montrer
persuasif.
Pour lui," les décharges et les incinérateurs ne sont compétitifs que parce qu'ils ne payent pas au juste prix les dommages qu'ils infligent à notre santé, à l'environnement et aux ressources naturelles. En enterrant et en brûlant les ordures, on détruit à jamais ce qu'il faut d'urgence considérer comme des richesses à réintroduire dans l'économie ".
Tout a commencé à Boulder, en 1976. A la tête de la toute première association de recycleurs bénévoles des Etats-Unis, Eric Lombardi organise alors la collecte des déchets directement chez les particuliers." Le tri et le recyclage étaient trop nouveaux pour des élus qui n'aiment pas prendre de risques, et d'une rentabilité trop incertaine pour le secteur privé. L'initiative ne pouvait venir que de la communauté ", juge-t-il.
" Irresponsabilité "
Trente ans plus tard, en charge d'un outil professionnel, il crée la première organisation nationale militant pour le " zéro déchet " : le Grassroots Recycling Network." Je me suis dit que le recyclage n'était qu'un début. On sait d'où viennent les déchets : de l'irresponsabilité des industriels dans la conception de leurs produits, depuis les procédés de fabrication jusqu'aux emballages. "
Mobilisant des milliers de citoyens et des dizaines d'universités, le réseau engage une série de bras de fer très médiatisés avec les industriels pour les contraindre à rendre leurs produits réutilisables et à employer des matériaux recyclés. Des compagnies comme Coca Cola ou Dell sont obligées de céder. D'autres, comme Wall Mart, préfèrent se convertir avant d'être prises pour cibles.
Cofondateur de la Zero Waste International Alliance, Eric Lombardi porte désormais son message dans le monde entier. Avec un double argumentaire :" Le recyclage intégral est le meilleur moyen pour une ville d'atteindre les objectifs de Kyoto. Mais c'est aussi un bon business, qui crée dix fois plus d'emplois qu'une décharge. " Sans oublier l'argument massue :" Les premiers à se lancer deviendront milliardaires ! "
Grégoire Allix © Le Monde
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Boulder (Colorado) Envoyé spécial
Eric Lombardi y dirige une structure qui propose un " recyclage intégral " aux villes américaines |